Une histoire oubliée des internés algériens du Larzac

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Une histoire oubliée des internés algériens du Larzac

Message  SASUKE le Dim 29 Jan - 10:18

UNE HISTOIRE CACHÉE

Une histoire oubliée des internés algériens du Larzac, Quand la france donne des leçons à la Turquie sur le génocide arméniens et oublie son Histoire sanguinaire,

« centres d'assignation à résidence surveillée » : le centre du Larzac, aujourd'hui camp militaire de l'Armée de terre.
Oubliés des livres d'Histoire, les camps de « rééducation » pour « Français musulmans d'Algérie » ont pourtant existé, entre 1958 et 1962, quand la guerre d'Algérie battait son plein. L'enjeu pour le gouvernement français était ici idéologique : interner, isoler, et franciser les Algériens de l'Hexagone suspectés de connivence avec le Front de libération nationale algérien (FLN).





L'histoire de l'enfermement au Larzac n'avait pas fait l'objet d'ouvrages spécifiques, mais de chapitres, ou d'articles de revues plus généralistes, tel cet article de l'historien Benjamin Stora écrit en 1991.

QUESTION1 : Pourquoi, selon-vous, l'Histoire occulte-t-elle le sort de ces Algériens « assignés » en métropole ?

Kevin Mekhloufi : Il faut savoir qu'on en parlait déjà peu à l'époque. Il y avait eu quelques discussions confidentielles entre différents politiciens et hauts-fonctionnaires pour régler le problème suivant : le fait d'identifier des leaders du FLN sans pouvoir les condamner faute de preuves concrètes. Pour passer outre ce blocage au niveau de la loi, des dispositifs légaux ont été mis en œuvre (loi du 26 juillet 1957) pour autoriser à détenir ces suspects de manière arbitraire, à les mettre hors-jeu au moindre soupçon de lien avec le FLN, et éviter ainsi qu'ils ne « contaminent » les Algériens modérés.

Au delà d'un lointain parent interné au camp du Larzac, qu'est-ce qui a aiguisé votre curiosité pour cette histoire ?

Ma grand-mère me parlait d'anecdotes que je n'arrivais pas à retrouver dans les livres et j'ai été surpris de voir combien étaient encore ignorés nombre d'épisodes de la guerre d'Algérie, côté sol métropolitain. Je précise qu'à aucun moment je n'ai été dans une démarche passionnelle qui reposerait sur un moyen de régler ses comptes avec la mémoire car je ne me sens aucun lien à proprement parler avec l'Algérie (malgré mon patronyme).

Comment était organisé le système d'assignation ?
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Gérés par le ministère de l'Intérieur, quatre centres ont vu le jour. Le Larzac était « généraliste » et c'est là que le niveau d'endoctrinement des assignés était déterminé. Celui de Thol était réservé aux jeunes de moins de 25 ans ; Vadenay accueillait les cadres, et Saint-Maurice-l'Ardoise les nationalistes non-frontistes.

Au Larzac, ancien camp militaire d'une capacité de 3 500 places, les observations et les interrogatoires étaient menés par les Renseignements généraux et par un service d'action éducative et sociale pour dresser des profils : les « fanatiques » étaient par exemple transférés à Vadenay.

Ses quartiers étaient quadrillés par type de détenus : « durs », « mous », « irrécupérables ». Et la vie quotidienne organisée selon un couvre-feu, un lever obligatoire, un ordre de passage aux douches, à la cantine, aux cours pour apprendre à lire et écrire, et beaucoup de propagande pro-française...

Comment le FLN s'est-il organisé à l'intérieur du camp ?

On s'est rendu compte petit-à-petit que des cadres du FLN se réunissaient informellement et il n'y avait pas assez de ressources en personnel et en locaux pour identifier et séparer les groupes. Au sein des quartiers déjà cloisonnés en terme d'endoctrinement, dès qu'on isolait des meneurs, d'autres prenaient immédiatement leur place : la nature a horreur du vide et les mouvements politiques aussi.

Le FLN s'est donc structuré en une sorte de contre-administration, en réponse à la stratégie de la direction du camp qui était la suivante : rémunérer – ce qui était vital pour eux – les assignés conciliants. Ces derniers étaient en effet tiraillés par l'angoisse car ils étaient venus en France pour travailler. Etre enfermé mettait financièrement en péril leur famille, leurs employeurs risquaient également de les renvoyer.

Le Comité de détention du FLN a voulu faire échec à cette stratégie en versant également une pension, en gérant des commandes de nourriture... : tout était fait pour créer une forme d'Etat algérien autonome à l'intérieur du camp.

Les assignés se sont donc retrouvés pris au milieu d'une lutte idéologique...

Oui, quand on se met au niveau de l'assigné lambda, n'ayant pas forcément d'implication politique dans la guerre d'Algérie, on réalise comment il se retrouvait pris entre le marteau et l'enclume.

D'un côté l'administration française exerçait une pression et un chantage social, menaçant de lui couper toute indemnisation (il n'y avait pas de torture contrairement aux camps situés en Algérie tenus par l'armée). Et de l'autre côté, l'organisation du FLN – autoritaire, non démocratique et marquée par des luttes intestines de pouvoir –, exerçant des pressions physiques dès qu'il ne respectait pas le « code de discipline », très strict, régissant du vol au dénigrement de l'organisation, au manquement des corvées...

La menace d'exécution à la sortie était en outre très forte, un « livret blanc » servait à dresser des listes. Ils allaient même jusqu'à inventer l'histoire d'un directeur français corrompu. Le premier qui parlerait serait donc immédiatement identifié.

Finalement, l'objectif initial français a-t-il totalement échoué ?

De fait, il y avait une adhésion forcée par la peur à la contre-administration.

Mais il y avait aussi une incompréhension à se retrouver enfermé dans le Larzac dans ces conditions terribles : ils se sentaient persécutés par l'Etat français et se tournaient donc plus facilement de l'autre côté.

C'est justement ce qu'ont noté un certain nombre de responsables du camp. Ils ont réalisé qu'en agissant de la sorte, ils ne faisaient que pousser des Algériens dans les bras du FLN.


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